| résumé | formation du Jura | temps géologiques | situation | géologie | formation | hydrogéologie

[résumé]

  • Grotte résultant de l'effondrement d'une cavité primitive creusée par l'action corrosive d'eaux superficielles infiltrées dans des terrains sédimentaires calcaires tendres très fracturés du Jurassique supérieur (doline d'effondrement).
  • Âge de la grotte : env. 6 Ma (début du Pliocène) ; synchrone au plissement du Jura.
  • Cavité faisant partie des plus concrétionnées de la chaîne jurassienne.

 

[situation]

Situées dans le canton du Jura, plus précisément en Haute-Ajoie, tout près de la frontière avec la France, les grottes de Réclère ou Trou du Fahy [coord.nat. 560.350 / 245.500] sont «perchées» sur le flanc nord de l'anticlinal du Lomont.

[géologie]

stratigraphie
La cavité est creusée dans les calcaires compacts mais tendres du Rauracien (formés en milieu marin récifal vers 155 Ma). D'une épaisseur de 90 à 100 m, ces calcaires sont caractérisés par des fossiles de récifs coraliens. Quelques niveaux à nodules de silex y sont visibles. Cette formation surmonte l'épaisse série d'argiles et de marne de l'Oxfordien.

tectonique
Particularité régionale : Il y a en Ajoie une forte tendance à un déversement des plis vers le nord. Ainsi le passage du Jura Plissé au Jura Tabulaire est souligné par une importante zone de chevauchements qui recouvre les premières tables de l'Ajoie.
Plusieurs familles de failles, orientées nord-sud, découpent l'ensemble de la table jurassienne en une mozaïque de blocs à faible rejet.

Deux phases importantes sont à mettre en évidence :

  • Phase de distension. Dès l'Oligocène (50 Ma), un processus d'affaissement débute dans la vallée du Rhin ; il s'agit du fossé rhénan (graben du Rhin), longue dépression due à un écartement de l'écorce terrestre. Conséquence de cet affaissement : une série de failles subverticales de direction NNE s'ouvre dans tout le Jura ; elles engendrent des zones de faiblesse facilitant l'érosion mécanique et karstique des calcaires. D'ailleurs l'une de ces failles passe près des grottes de Réclère pour ensuite se prolonger à travers la vallée du Doubs, en direction du sud. Suite à une première poussée orogénique datant du Pliocène (env. 6 Ma), la mer se retire, mettant un terme à la période de sédimentation. Le paysage jurassien se présente alors comme un vaste glacis émergé, limité au nord par les Vosges et au sud par le bassin molassique du «plateau suisse» .
  • Phase de compression. Un événement décisif survient alors : le plissement du Jura. Sous l'effet de poussées d'orientation SE-NW, les couches rocheuses sont ployées et plissées, donnant au Jura son relief typiquement vallonné où se succèdent anticlinaux et synclinaux.

[formation]

Cavités jurassiennes
Toutes les cavités jurassiennes se développent dans les calcaires. Les formations du Malm, et en particulier celles du Rauracien (155 Ma), sont le siège d'importants phénomènes karstiques en raison de leurs puissantes assises calcaires.
De nombreuses résurgences et grottes pénétrables sont au contact Oxfordien-Rauracien. Le plissement de ces assises rigides et les déformations cassantes engendrées déterminent naturellement des zones de faiblesse (cavités tectoniques, souvent localisées au sommet des voûtes anticlinales), mais définissent aussi la direction des écoulements souterrains.

Grottes de Réclère
Ces grottes se situent au sommet d'un anticlinal, dans une zone où la morphologie actuelle ne favorise pas l'infiltration des eaux. Pour comprendre comment elles se sont formées, trois facteurs sont prépondérants :

  • présence d'une importante zone facturée
  • existence d'un réseau hydrographique développé
  • synchronisme entre la formation de la cavité primitive et le plissement du Jura.

L'hypothèse vers laquelle la plupart des géologues penchent actuellement admet l'existence d'une cavité originelle creusée à la faveur des nombreuses fractures du calcaire par les eaux d'infiltration du Doubs. La grotte se serait développée au sommet des couches imperméables de l'Oxfordien, dans les calcaires tendres de la base du Rauracien (en effet d'importantes zones karstiques existaient déjà avant le Tertiaire).

Suite à l'abaissement de la vallée du Doubs et aux plissements jurassiens, le site des grottes s'est retrouvé propulsé en altitude. Ce chamboulement a aussi affecté la voûte, déjà sévèrement fissurée. S'en suivent des éboulements successifs, les parties supérieures s'écroulant sur les inférieures. Le calme semble s'être installé il y a 60'000ans , âge des plus vieilles concrétions, dont la plupart sont aujourd'hui traversées de fractures, conséquence de quelques légers tassements.

 

[hydrogéologie]

Haute-Ajoie
Bénéficiant de précipitations relativement abondantes (130 à 150 cm /an), cette région se caractérise par une morphologie karstique très prononcée. Les ruisseaux absents, c'est l'Ajoulote, une rivière souterraine, qui draîne toute la vallée sèche de la Haute-Ajoie.

Grottes de Réclère
L'orifice de la cavité est aujourd'hui fossile. On peut observer un ruissellement temporaire sur la plupart des grandes concrétions. Pénétrant dans la grotte par une cheminée, un filet d'eau alimente un petit lac.